D'après nos recherches, votre portefeuille d’investissement pourrait avoir bien plus d’impact sur votre empreinte carbone que toute autre action individuelle, y compris celle d’avoir un enfant. 

Il est fort probable que vous ayez entendu parler de cette étude controversée parue en début d'année; elle expliquait que le plus gros impact qu’un individu pouvait avoir dans la lutte contre le changement climatique serait d’avoir un enfant de moins 1.

Selon cette étude, les gestes positifs suivants seraient: vendre votre voiture, éviter de prendre l’avion et devenir végétarien. Ces actions, que nous sommes nombreux à accomplir régulièrement dans un effort de diminuer notre empreinte carbone et de lutter contre le changement climatique, seraient toutefois bien maigres par rapport au choix d’avoir un enfant de moins.

Mais pour nous chez CoPower, cette étude omet un élément critique des décisions d’un individu, à savoir la manière d’investir son argent.

Nous avons été stupéfaits par les résultats de nos recherches : l’empreinte carbone de la tirelire de l’investisseur canadien moyen est bien supérieure à son empreinte personnelle, c’est à dire qu’il cause plus de dégâts à l’environnement avec son portefeuille d’investissement qu’avec l’ensemble de ses actions quotidiennes.

 Artboard 15-100.jpg

 

Prenons l’exemple d’un couple de canadiens, Jamie et Leslie. Jamie est employé du gouvernement et Leslie est professeure. Ils sont propriétaires d’une maison en centre-ville et se considèrent être écologistes. Leur dernière voiture est une hybride, bien qu’ils ne l’utilisent pas très souvent puisque leur quartier est très accessible aux piétons. Ils ont réduit leur consommation de viande et s’efforcent à acheter des produits locaux et biologiques. Ils prennent l’avion une fois par an. Un calculateur d’empreinte carbone* leur donnerait une empreinte combinée d'environ 23 tonnes de CO2 par an2.

Pour calculer l’empreinte de leur tirelire, nous avons utilisé la valeur totale de leur portefeuille d'investissement commun qui est de 500 000 $. L’empreinte carbone moyenne de ce portefeuille est de 46,7 tonnes de CO2** par an, soit le double de leur empreinte carbone personnelle.3

Les impacts sur le climat de nos investissement ne sont pas restreints à des individus aisés comme Jamie et Leslie. Un investissement de seulement 10 000 $ à l’index de la Bourse de Toronto a une empreinte carbone de 800 kg de CO2**, soit l'équivalent d’un trajet en voiture de 3 000 km, de 332 cycles de sèche-linge, ou de 264 hamburgers quart-de-livre.4

 Carbon footprint table_fr.jpg

« La plupart des canadiens ne seront pas surpris d’apprendre que leurs portefeuilles d’investissement contribuent à financer l’industrie du pétrole, du gaz ou d’autres projets à forte intensité carbonique, mais ils seront étonnés d'apprendre quel impact ont ces investissements sur le climat. »

- Toby Heaps, Président, Corporate Knights

L’avantage de ce constat est qu’il est relativement facile de faire mieux en prenant en compte le changement climatique dans nos décisions d'investissement, ce qui n’est pas forcément le cas de nos choix de vie, et notamment celle d’avoir ou non des enfants, un choix qui a déjà été réalisé pour certains d’entre nous.

D'après Patti Dolan, gestionnaire de portefeuille chez Raymond James, « ces dix dernières années nous avons constaté une augmentation de l'intérêt des investisseurs sur le où et comment est placé leur argent et l’impact de ces investissements sur le climat ». « Dans notre propre processus de sélection, nous avons mis l’accent sur l'évaluation des pratiques environnementales, sociales et de gouvernance des sociétés dans lesquelles nous investissons ».

Et la bonne nouvelle, comme le souligne Dolan, est qu’il y a des profits à faire. « Les données montrent que prendre en compte cet impact, positif ou négatif, en plus des paramètres financiers conduit à des choix d’investissement plus réfléchis et bien souvent à de meilleures performances financières ».

Transférer une petite portion de ses investissements vers un fonds non tourné vers les énergies fossiles pourrait permettre au canadien moyen de réduire considérablement son empreinte carbone.

Et c’est plus facile à faire que l’on croit. Pour commencer, il suffit de :

  1. Comprendre votre empreinte carbone en utilisant des outils à votre disposition. Par exemple, Fossil Free Funds* permet d'évaluer l’impact carbone de votre fonds commun, ou Decarbonizer* permet de voir la performance de votre portefeuille si vous en retirez les plus gros pollueurs.  

  2. Se documenter sur les options d’investissement d’impact et agir en fonction.  Open Impact* est un catalogue de produits d'investissement d’impact.

  3. Demander de l’aide à un conseiller certifié en placement responsable ou à un consultant en durabilité* pour obtenir des conseils fiables et réels sur la manière de diversifier vos investissements.





Notes et Réferences

  1. L'étude initiale référencée “The climate mitigation gap: education and government recommendations miss the most effective individual actions”* a été publiée par des chercheurs de l'Université de Lund en juillet 2017.

  2. L’empreinte carbone personnelle de notre couple Jamie et Leslie a été calculée sur http://www.footprintcalculator.org/*. D’autres chiffres sur l’impact carbone individuel sont issus de EPA’s GHG calculator*.

  3. Notre portefeuille d’investissement pris en exemple suppose une répartition à 50/50 entre deux fonds typiques, l’indice composé S&P/TSX et l’indice MSCI. L’impact carbone de ce portefeuille a été calculé via le Index Carbon Footprint Metrics* et avec un taux de change USD à CAD de 0,78 en date du 27 octobre 2017.

  4. Les impacts carbone des gestes quotidiens cités dans ce blogue et ces infographiques sont issus du calculateur d'émissions EPA GHG, de l'étude de Lund et du Guardian. Les chiffres spécifiques de ces actions peuvent être consultés ici: trajet en voiture*, hamburgers*, sèche-linge*, régime omnivore*, voyage en avion, avoir un enfant, conduire une voiture à essence*.

*Ces liens sont disponibles en anglais uniquement.

 

Sur l’auteur: David Berliner est le co-fondateur et PDG de CoPower. Il a travaillé précédemment chez Inerjys, une société d’investissement en énergie propre. Il a été consultant pour le bureau du maire de New York sur les énergies renouvelables et coordinateur du développement durable pour l’Université de Toronto. Il a également travaillé au sein du projet “Carbon Disclosure”. David a un M.A.P. de l’Université de Columbia et un B.Sc de l’Université de Toronto.